Il est bien normal et naturel de parler du soutien incontestable que l’on offre à un membre qui souffre de maladie, ou de mal-être. Beaucoup de personnes se questionneront sur la façon d’aider, de soutenir et de nombreux articles et sites y consacrent du temps (quelques liens à titre d’exemple, en fin d’article)

Mais dans cette relation, il y a deux, voir plusieurs personnes qui souffrent. Que vivent des personnes qui soutiennent et accompagnent ce malheur, en étant « relativement «  impuissantes ? C’est la question que je pose dans cet article.

Lorsque l’on vit une grande souffrance, le monde s’effondre et le malade ( cancer, dépression, handicap…) est très démuni et sent très seul. Il lui faut à ce moment là, beaucoup de force parce qu’il va falloir se battre, beaucoup de patience, car les choses vont changer, beaucoup d’espoir, car un jour, la situation ira mieux. Et c’est ce qu’il a besoin et attend de son entourage.

Pour le conjoint (ou la famille) aidant (e), c’est la même chose. A la différence que pour eux, il est préférable de ne pas attendre du soutien de la personne souffrante (qui a besoin de toute son énergie pour se soigner). Ce soutien, pour traverser cette épreuve, il faut aller le chercher ailleurs. La personne malade a aussi besoin de votre énergie, sur laquelle, elle voudra parfois se reposer. Cette énergie, vous allez devoir aller la puiser à l’extérieur de la relation, pour pouvoir l’y amener à l’intérieur.

Cette énergie vous est indispensable, car il est fréquent et humain de se laisser submerger par la souffrance de l’autre, d’en être désespéré. Et de se sentir impuissant(e). Il y a beaucoup de forums qui en témoignent.

Prenons ces expériences :

Epouse de dépressif

Cette femme vient me consulter. Son mari est dépressif depuis 2 ans. Bien qu’il fasse beaucoup d’efforts pour s’en sortir, il a beaucoup de moments de détresse et ses pulsions de mort sont très fréquentes (il parle de suicide, du sens que la vie n’a plus, il n’a plus de respect pour lui-même laissant son hygiène et sa santé de côté). Que vit cette épouse amoureuse qui vient me voir ?

Elle a perdu son amoureux mais essaie de se battre contre sa libido inassouvie, se battre contre l’impuissance de le rendre heureux même parfois « vivant », être patiente, compréhensive … et c’est très difficile pour elle. Elle ne nourrit pas de haine à son égard,  mais bien à l’égard de la maladie de son mari. Elle doit néanmoins redoubler d’efforts pour, dans ce contexte de frustration totale, apporter l’espoir et ne pas alourdir la relation de reproches. Ainsi que rassurer son homme, que malgré ce qu’elle peut vivre avec lui, elle l’aime encore. Pas facile tout ça. Dans ce cas, l’accompagnement et le soutien des proches à cette femme est indispensable, sinon, elle risque de s’effondrer dans ses manques et dans la non reconnaissance de ce qu’elle peut vivre.

Un père dépressif

Une famille vient me voir pour leur père dépressif. Cet homme ne veut pas se faire aider, et vit un tel mal-être que ses proches en sont perpétuellement touchés et concernés par les « crises » de leur père et mari. De nombreux conflits éclatent entre eux. Je reçois deux membres de cette famille en grande souffrance relationnelle. Impossible d’entretenir un lien « normal » avec cette personne, et c’est toujours dans la douleur et le conflit que se passent les relations. Ils essaient de le convaincre d’entamer une procédure d’accompagnement, et ce n’est pas facile.

Les conjoints d’alcoolique ou de drogué peuvent ressentir ce genre de sentiments aussi  dans ces relations : c’est l’impuissance et la sensation de subir la situation non voulue qui est première.

Un frère qui se suicide

Cette jeune femme vient me voir car son petit frère vient de se suicider et depuis, elle vit des difficultés quant au chagrin, bien entendu, mais aussi à la montagne de problèmes qu’il laisse derrière lui et à ses parents qu’elle soutient. Elle n’a pas choisit de vivre ce tsunami dans sa vie et cela perturbe profondément l’harmonie familiale et conjugale de sa vie personnelle.

Le cancer d’une jeune épouse

Ce couple venait me consulter car il traversait le cancer du sein de la jeune femme dans les premiers moments de leur histoire. Ils étaient perturbés dans leur sexualité, mais aussi dans leur construction d’avenir et beaucoup de questions angoissées pour la suite de leur vie. J’ai été touchée par la vision conjugale de leur drame, car ils se soutenaient formidablement bien dans cette démarche de façon égalitaire. Madame était entendue dans ses difficultés propres à son cancer, monsieur, dans ses difficultés de conjoint soutenant et les frustrations et peurs que ce cancer amenait dans cette relation.

 Quelques pistes :

Dans un premier temps, on essaie souvent de s’en sortir seul, pensant qu’on est assez fort.

Ne faut il pas laisser son amour-propre de côté ? Car lorsque l’on donne beaucoup, il est normal de recevoir de l’extérieur. (puisque ce n’est pas votre conjoint, père, mère, frère,… qui peut le faire pour l’instant)

J’aime beaucoup cette image, il faut pouvoir sauter du bateau avant qu’il ne coule. En d’autres termes, commencer à aller chercher le soutien dès que la relation abandonne l’un des deux. Pour ne pas faire porter à l’autre cet abandon, mais lui donner du temps pour récupérer.

Il n’y a pas de recette miracle ni de comportement à recommander. Certaines personnes pourraient quitter le ou la malade, et ce serait leur choix, elles auront des raisons personnelles de le faire. Et il leur faudra beaucoup de courage, car « on ne quitte pas quelqu’un qui va mal… », C’est ce que ces personnes entendent et se voient peut être critiquées pour cela. Néanmoins, avant de juger, n’oubliez pas que c’est peut-être pour elles, une question de survie.

Quelque soit le drame qui touche, toutes les personnes qui l’entourent sont touchées. Pour les personnes qui accompagnent, il est nécessaire d’avoir un réseau d’amis, de parents, ou d’accompagnant (thérapeute, groupe de parole) neutres pour s’appuyer, car plusieurs sentiments peuvent vous envahir: la peur, la douleur, la peine, mais aussi la colère d’une situation que l’on n’a pas choisie, que l’on subit. On en veut à cette situation de nous  entraîner , de nous voir soudain confronté(e) à cela. Il ne faut pas s’en vouloir, ou encore en avoir honte, car c’est tout naturel de ressentir cela.

N’oublions pas, que d’exprimer ce qu’on ressent à la personne qu’on aime et qui souffre (de façon réfléchie et calme), reste aussi important ( ce sont aussi des situations que l’on peut préparer en consultation),  cette personne sait que vous vivez des difficultés à ses côtés, elle n’aimerait pas spécialement que vous lui mentiez, elle se sent peut être aussi impuissante que vous. C’est pourquoi en aucun cas, ne négligez les mains que l’extérieur vous tend et partagez votre fardeau avec des personnes bienveillantes, afin de vous faire du bien aussi.

http://www.depressionnerveuse.fr/4/comment-aider-et-vivre-avec-une-personne-depressive.html

http://forum.aufeminin.com/forum/f522/__f42_f522-Mon-mari-est-depressif-vie-de-couple-horrible.html

http://www3.ligue-cancer.net/files/national/article/documents/bro/accompagnement_proche.pdf

Christophe FauréVivre auprès d’un proche très malade

 

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About Sophie Mercier

Thérapies, accompagnement de l'individu, du couple et de la famille, conférences.

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