Le défi des couples et Familles en confinement

 

Ce vendredi, j’écoutais Robert Neuburger lors d’une conférence en ligne, avec 14OO participants.

 

C’est une évidence, le confinement nous amène à des difficultés de vie en commun et de partage de territoire. Ce sont des notions souvent abordées dans nos consultations et parfois encore plus importantes dans le quotidien des familles recomposées.

 

Voici quelques idées que je retiens de ce moment :

Lors de ce confinement, nous sommes en « obligation » de revoir les notions d’intimité. Cela peut poser des problèmes dans les familles, dans le couple, car nous n’avons plus la possibilité d’échappatoire.

Or, il est absolument indispensable, pour chacun de nous, pour notre sécurité personnelle et identitaire, d’avoir un territoire privé, dont personne ne peut disposer.

Ce territoire privé, nous donne une certaine consistance au sentiment d’existence de l’individu, du groupe et de la famille, insiste monsieur Neuburger.

 

Ce confinement va faire apparaître trois grandes difficultés :

 

Une structurelle : comment partager l’espace dans lequel nous vivons pour en avoir une partie privée chacun, pour avoir de l’intimité ?

Comment allons nous gérer la salle de bain, la cuisine, le salon ?

Particulièrement difficile aussi pour les parents qui seraient en télétravail et qui auraient les enfants autour d’eux.

Une antérieure ; le couple et la famille qui avaient des difficultés larvées, mais gérables grâce aux échappatoires, aux sorties, aux activités extérieures, risquent de voir éclater les conflits dans ce moment. L’insupportable même.

Une institutionnelle, car nous sommes enfermés ensemble dans ce lieu et dans le manque d’expression, d’avis extérieur, certaines personnes pourraient se voir confrontées à la désinformation. Ce qui n’est pas le mensonge (Monsieur Neuburger insiste sur le fait que le mensonge peut être une bonne chose parfois) alors que la désinformation est l’action de faire croire à l’autre une idée qui ne peut être vérifiée par un tiers, et remettre en question la perception de l’autre. Cela peut être donc manipulatoire, et dangereux, surtout en période de détresse.

Les dangers qui peuvent apparaître dans ce moment de confinement,

seraient :

L’envahissement d’un territoire : les enfants qui prendraient le lit conjugal comme salon, par exemple.

L’infraction de l’intime de l’autre : l’un des membres de la famille prend des décisions seul, sans tenir compte de l’avis de l’autre, il prend possession de l’autre, sans en tenir compte.

Lorsque la limite se transforme en frontière. « Je prends cet espace pour moi sans tenir compte des autres »

Lorsqu’on trahit ce que fait l’autre : par exemple,  un des membres de la famille raconterait aux autres les secrets de l’un d’eux.

SI l’un des membres a introduit dans le lieu de vie commune des éléments potentiellement dangereux (de la drogue par exemple) et qui met en danger tout le groupe. Ou j’imagine aussi, ne pas tenir compte des mesures de sécurité et mettre tout le monde en danger.

Si l’on ne tient pas compte de la limite de l’autre, des autres, parce qu’on est confinés. Je ne respecte pas ton avis, ton lieu, ton intimité, ton désir, ton corps…

 

Alors que faire ?

Il est indispensable de comprendre que chaque personne doit trouver un coin bien à lui, et que ce coin soit respecté. Un espace, un tiroir, un moment…

Pour les parents qui seraient en conflit à cause de ces changements d’habitude, de territoire, de pouvoir, Monsieur Neuburger propose quelques pratiques intéressantes dont les vacances parentales : ce principe permet de déterminer qui est à la gouvernance et d’alterner.

Je prends les décisions pour les enfants et la famille pendant X jours puis c’est toi.

Il dit très justement qu’une usine ne fonctionne pas avec deux patrons.

Nous pouvons aussi instaurer le tour de rôle de la responsabilité d’un territoire. Cette semaine, je suis responsable de la salle de bains, ou de la cuisine… ce n’est pas le moment de se mettre en guerre pour la façon différente de chacun pour la réalisation des tâches…  Il est surtout recommandé de « lâcher prise «  du contrôle de l’un vis à vis de l’autre.

Il faisait référence aussi à la réunion de famille, afin que chaque personne puisse développer son appartenance au groupe et son autonomie (j’ajouterais son estime de lui aussi et l’apprentissage !)

Pour conclure donc cette intéressante approche, je vous parle de la réunion familiale et vous propose ce canevas pour la mettre en route

 

La réunion de famille

 

La première chose à faire, est d’avoir prévu un cahier pour inaugurer et commencer les séances familiales. Cahier de conduite dans lequel les membres de la famille vont collecter les questions, les idées, mais aussi les comptes rendu de réunion.

On va inviter les membres de la famille à cette réunion.

Prévoir un temps ensemble : au bureau, dans la cuisine, au salon. Du moment que c’est compris comme étant une réunion sérieuse. Tout le monde doit être présent.

Vous présidez la première réunion mais vous annoncer déjà que ce rôle va tourner.

On peut prendre la température et pour ce faire, on peut faire passer la météo des émotions ou construire un plan météo de l’humeur : soit avec des icones, soit avec des modèles imprimés d’internet, soit avec des emojis… cela peut être construit ensemble !. Et répondre à la question chacun à son tour : Comment je me sens aujourd’hui ?

Pour ce genre de réunion, il est important de rappeler que l’on s’écoute et que l’on parle de soi ( vous pouvez vous référer à une chartre familiale, en construire une ou vous inspirer sur internet ). C’est un apprentissage important pour que cette réunion ne parte pas en règlement de compte et en dispute (ce qui vous ferait vite abandonner !)

Il y a un ordre du jour.

La première réunion : c’est

  • Expliquer le principe de la réunion
  • Expliquer la présence du cahier de bord dans votre vie de famille
  • Expliquer l’idée de l’entreprise familiale – nous allons répartir les fonctions et les actions pour que chacun puisse participer à la vie de famille et apprendre de nouvelles choses. Comme dans une entreprise, chaque personne contribue à la bonne réussite selon ses compétences.

 

Vous donnez aussi le rôle de secrétaire à un membre du clan (votre compagnon ou un de vos plus grands. Si les enfants sont trop petits, vous pouvez les faire dessiner dans le cahier etc…

Ensemble, vous réfléchissez aux tâches que vous pouvez répartir. Aux activités que vous aimeriez partager.

Chacun peut essayer une nouvelle tâche, action, cette semaine.

La réunion suivante, on verra si c’est Ok ou pas.

 

Je précise qu’au plus vite vous mettrez ce genre de réunion en route, au plus facile cela se passera. Je pense que c’est un réel défi de le mettre en place pendant l’adolescence des enfants. Mais c’est le défi est aventure et apprentissage !

Expliquez le rôle du cahier et où il se trouve. On peut y inscrire des idées, des difficultés ou des pistes à réfléchir pour la prochaine réunion.

Se donner rendez vous pour la prochaine fois, et laisser faire les choses. Le monde ne s’est pas fait en un jour, donc il se peut qu’il y ait des échecs, mais souvenez vous que les échecs sont de merveilleuses occasions de réparation et d’avancement ! Puisque vous êtes en train d’installer la réunion pour en parler, vous aurez des possibilités de rectifier le tir à chaque fois !

 

Bravo à vous pour cette initiative, et la capacité d’instaurer de nouvelles choses dans cette nouvelle vie qui nous est proposée de vivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

About Sophie Mercier

Thérapies, accompagnement de l'individu, du couple et de la famille, conférences. Coach en Mincithérapie. Animatrice EVRAS Nivelles et Charleroi

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