Lors de la célébration du mariage, l’officier d’état civil lit les articles 212 et suivants du code civil de la loi belge. Cette lecture n’est pas une simple formalité car elle informe les époux sur leurs engagements respectifs: ils se doivent mutuellement fidélité, secours et assistance.

Pour l’Eglise, le mariage célébré religieusement est un sacrement fondé sur quatre piliers : liberté, fidélité, indissolubilité, fécondité. Il est intéressant de constater que la structure du mariage judéo-chrétien, contenant l’indissolubilité (pas de divorce autorisé) et l’exclusivité (fidélité) correspondait à la fonction fondamentale qu’on lui attribuait : la procréation. Auparavant, l’institution du couple avait pour fonction de combler les besoins primaires des individus et leur permettre de profiter d’une stabilité et d’une sécurité; toutefois, il n’était pas nécessaire que la relation soit épanouissante. Vu les conditions de vie difficiles, on cherchait à assurer son bien-être matériel. Aujourd’hui, ce bien-être est relativement assuré pour tous, les aspirations ayant trait au couple ont donc changées; sa fonction est désormais d’être un lieu « d’épanouissement mutuel. »

On  parlera ici de fidélité en parlant de couple conjugal, lorsque les deux membres de la relation désirent respecter les engagements qu’ils se sont promis. « Un « oui » a été prononcé, quelque chose de sacré, devant quoi ma liberté elle-même va devoir s’incliner. Le respect de la parole donnée est un des fondements de l’humanité. Que serait l’homme sans le respect de la parole donnée?  Paul Claudel écrivait : « Ce n’est pas l’amour qui fait le mariage, c’est le consentement ». Je crois que la notion de consentement est encore plus profonde que celle d’amour. Consentement non seulement à son acte, à sa parole, ce qui est assez courant, mais consentement à l’autre. Ce qui est bien davantage.  X .Lacroix, professeur de théologie, «du sentiment amoureux au lien d’alliance »

Le couple est bien le lieu où chacun espère trouver un climat de tendresse, d’écoute, d’accueil qui lui permette de devenir plus profondément lui-même. Comme le petit enfant rassuré, confiant, dans les bras parentaux, les amoureux se sentent en sécurité dans les bras l’un de l’autre. Mais, dans le couple, l’échange est réciproque; chacun est celui qui accueille et celui qui est accueilli, celui qui s’abandonne et celui qui peut contenir cet abandon, ce qui rend la relation beaucoup plus  riche, mais aussi plus difficile.

« L’essentiel est de savoir ce qui fait qu’un couple est un couple. La simple rencontre sexuelle, fût elle- répétée, ne saurait évidemment y suffire .Mais pas non plus la simple cohabitation, fût-elle durable. Le couple, au sens où je prends le mot, suppose l’amour et la durée. Il suppose donc la fidélité, puisque l’amour ne dure qu’à condition de prolonger la passion. (Trop brève pour faire un couple, tout juste bonne à le défaire) par mémoire et volonté…..Aucun couple, à plus forte raison, ne pourrait durer sans cette fidélité à leur histoire commune, sans ce mélange de confiance et de gratitude… » André Comte-Sponville « petit traité des grandes vertus », Points

Une personne passe à l’acte dans un moment de faiblesse mais reste néanmoins très amoureuse de son conjoint …

Une autre  personne fantasme, pense, rêve à un autre en étant complètement déloyale  mais dans une complète chasteté…

Certains couples « libres » ne se jurent pas fidélité du corps et se permettent mutuellement des aventures en prônant que cette pratique évite l’usure et le désintérêt de chacun pour l’autre. Certains militent pour l’échangisme, le couple libre,…  Ces couples restent persuadés que leur amour est intact et se sentent absolument fidèles, et ils le sont sur leur parole donnée…

D’autres oseront les aventures en prônant un désir sexuel trop grand et peu assouvi au sein du ménage et ne se sentiront non plus pas infidèles à leur amour construit et engagé…parce que pour eux, ce n’est pas de l’Amour mais un besoin sexuel qui s’exprime.

Il y aura lieu à ce moment de se demander quelles raisons poussent alors ceux-ci à désirer d’autres corps, d’autres expériences. La routine, l’âge, le besoin de valorisation, l’usure, les déceptions,… toutes ces problématiques semblent favoriser l’infidélité dans toutes ses formes.

On ne peut pas émettre de jugement sur ces différentes pratiques de couple, à chacun de voir selon ses valeurs personnelles. Il est certain que pour former un couple « heureux », il semble indispensable de partager des valeurs communes et de les respecter. Prôner une communication dans le couple et une mise au point commune des représentations de la fidélité de chacun, semble une porte ouverte vers plus de facilité… Demandez-vous aussi si vous partagez la même vision d’une union. Est-ce que les mots confiance, loyauté, respect, engagement et honnêteté ont la même signification pour vous que pour votre conjoint?

Nous disons de l’infidélité que c’est « être trompé(e) », cela veut bien dire avoir été floué(e), engendrant la perte de confiance et causant des blessures profondes, souvent d’ordre narcissique (blessures dans l’image de soi).

Accepter une infidélité quelle qu’elle soit lorsque celle –ci n’était pas « prévue dans l’engagement » reste quelque chose de difficile à gérer.  A partir de ce moment-là, récupérer une totale confiance en l’autre, cela demandera du travail et de la patience car c’est la capacité à tenir une promesse qui est la base de la confiance.

Quelquefois aussi, une certaine infidélité peut dévoiler un trouble de la relation et le soin apporté à cela pourrait être une révélation pour le couple : comme l’écrit Christiane Singer dans son livre « Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies », «  l’émergence d’une autre relation intense dans la vie de couple, n’est pas toujours le malheur qu’il faut éviter coûte que coûte. C’est paradoxalement le danger qui réveille parfois une mémoire éteinte par l’usure quotidienne : celle du caractère précieux et sacré de l’alliance première »

» En général, celui ou celle qui vient de vivre une passion revient chez lui (elle) évidé (e), dépouillé (e), nu (e).

Sa maison a disparu, sa famille s’est dispersée. Dans une indescriptible souffrance, l’époux (l’épouse) a vu la trahison là où elle (lui) n’a fait que traverser une tempête et s’étonne encore d’être vivant (e). Si la chance veut qu’on l’ait attendu(e) qu’on ait pressenti la nature du cataclysme, il se peut alors que pour les deux rescapés, dans la gratitude et le respect mutuel, commence un amour à la fois fort et simplifié. Il se peut. »

Le couple ne devrait pas se tromper d’objectif. L’important serait d’aimer, pas d’être fidèle. C’est l’amour qui serait premier, avec ses élans, ses désirs, ses failles, avec la fidélité à l’autre et à soi-même. C’est l’amour qui serait premier dans cette rencontre patiente, avec ses hauts et ses bas, pour renouveler le désir, maintenir le lien.

La fidélité serait peut-être de nature à favoriser, au bout du compte, le bonheur recherché.  Mais Qu’elle soit considérée comme une condition à celui-ci, cela paraît relever d’une grande utopie à l’heure où la société de consommation nous pousse à « jeter » si insatisfaction. Où la tendance est à valoriser les plaisirs faciles, rapides.  Où l’on est imprégnés par le « tout, tout de suite » et la réussite personnelle…

Selon moi, la fidélité ne devrait pas être imposée (par exemple au mariage) mais discutée et rediscutée au fil des temps , elle semble venir de surcroît quand l’amour va bien car elle nous embête quand le relation va mal… Ne faudrait-il pas se  jurer : « respect, secours, assistance… », Sans avoir le désir d’enfermer l’autre dans la relation mais rester confiant que celle-ci suffit à elle-même ?

La fidélité n’est peut-être  pas la condition de l’amour, elle en est sans doute la conséquence.

 

photo - copie

About Sophie Mercier

Conseillère conjugale et familiale graduée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Post Navigation