La colère, une émotion mal aimée

 

Fureur, hostilité, exaspération, indignation, courroux, tracas, animosité, mécontentement, irritabilité, ressentiment.. la colère ne s’exprime pas toujours à l’extrême avec haine et violence. Elle peut s’infilter aussi à pas feutrés en nous, en cherchant une voie d’expression autre que les hurlements et les destructions. Ce qui est certain, c’est qu’elle cherche à nous dire quelque chose et souvent, on ne l’entend pas. On la subit, on la réfute… Comme il est difficile de l’accepter pour le rôle qu’elle a à jouer dans notre vie.

 

Toute émotion existe pour nous dire quelque chose que nous devons faire, penser, changer. Le mot émotionvient du latin « emovere » et se traduit par « mouvement ». La colère serait donc une force qui nait dans notre corps suite à une information reçue et qui pousse à bouger.

 

Qu’est-ce que la colère ? Qu’est-ce qu’elle exprime ?

 

La colère fait peur, elle fait du bruit. Elle est douloureuse. Pour nous et pour les autres. C’est pourquoi elle est mal aimée. Pourtant, comme toutes les émotions, c’est une énergie qui a son rôle à jouer et a quelque chose d’important à dire : elle nous pousse à nous défendre, nous permet de poser les limites, et de faire respecter notre espace.

 

Les chercheurs en neurosciences ont vu que le sang afflue dans les mains lorsque nous commençons à nous énerver, et que cela permet de s’emparer au plus vite d’une arme ou d’un outil pour se défendre : « avoir le sang qui bout » ! Cette émotion envoie aussi le sang au visage : « être rouge de colère »… Le corps concentre donc toute son énergie dans la réactivité du corps, pour que nous soyons en mesure de nous défendre et mettre notre corps en réaction au « danger ».

 

La colère est donc bien une émotion qui nous permet de nous protéger

 

Mais elle n’est pas anodine. Exprimer sa colère a toutefois des conséquences :

 

La colère permet une libération d’adrénaline (qui va nous donner un afflux d’énergie pour bouger, combattre, nous défendre) mais aussi une montée de cortisol (hormone de stress). Le cortisol n’a pas de bonnes répercussions dans notre corps. Pour une minute de colère, il faudra une heure de désintoxication chimique à notre corps. C’est une émotion à grande toxicité.

 

Dans certaines familles, environnements, cultures, les réactions impulsives et vives ne sont pas autorisées. Il se peut toutefois que celles –ci s’expriment différemment, consciemment ou non.Dents et mâchoires serrées (mordre sur sa chique), difficultés digestives, foie endommagé selon la médecine chinoise, insomnies, baisse d’estime, dépression…

 

Le comportement issu de la colère peut donc nous détruire  physiquement par ses effets toxiques et somatiques et psychologiquement par la création d’une mauvaise image de soi.

 

Elle peut aussi mettre en danger nos relations, elle n’a pas bon effet sur les autres etnous devrions rester prudent et lui permettre de s’exprimer sans conséquence.

 

La colère n’est jamais très bien accueillie, c’est un fait. Lorsqu’on subit la colère de l’autre, nous sommes aussi agressés. Il nous envoie un jet de haine ou une attitude effrayante, des mots blessants qui pourraient nous détruire, nous sommes attaqués. Notre colère est aussi activée et le combat commence.

 

« Petit, lorsque j’étais frustré, je n’arrivais pas à exprimer mes sentiments, j’avais un blocage d’expression. Je sentais une douleur au fond de moi, j’explosais à chaque fois que je me sentais jugé injustement. On me disait colérique.

Dans mon couple adulte, j’avais le sentiment d’être un monstre incompris, il y avait un décalage entre ce que j’avais au fond de moi et ce que j’arrivais à partager.

Et puis, un jour, dans l’escalade de la non expression, j’ai commis l’irréparable… J’étais dans une peur panique, ma femme me dévalorisait, me jugeait, j’allais ne plus être aimé, abandonné, elle me cassait, j’étais moins bien qu’elle, alors, je l’ai frappée…

L’Amour n’est pas violence. J’étais anéanti, j’avais tout détruit.

J’ai compris que je devais faire une démarche car j’avais dépassé la limite. Je me suis retrouvé dans un groupe thérapeutique avec des hommes de tous gabarits de violence. Nous étions une dizaine, encadrés par deux ou trois thérapeutes et nous nous engagions pour 21 séances dans ce parcours. Le cadre est très strict : deux heures par semaine, aucune absence non justifiée, confidentialité, respect, aucune drogue ni alcool, ni débordement autorisé : un pacte est signé devant le groupe, la pression de celui-ci a un grand effet. Ce travail permet, outre l’expression de nos malaises vis à vis de nos comportements, de reconnaître pour chaque personne les situations à risque, de construire l’identification des moments clefs où l’on dérape, où l’on se sent en danger, les détonateurs. Nous faisons des exercices, des jeux de rôles. Nous construisons le mode d’emploi de notre propre colère.

J’ai fait un cycle et un peu plus et j’ai senti la paix arriver. Aujourd’hui, je sens mon image de moi plus positive. Je ne me sens plus menacé par ce que pensent les autres. Je ne me sens que rarement agressé et lorsque cela se produit, je quitte la scène, sans besoin de défendre verbalement, physiquement ou intérieurement de façon violente. La colère est stable, elle n’a plus besoin d’exploser, j’ai compris ce qu’il fallait adoucir en moi. » Jérôme, 41 ans.

 

Il se peut aussi que la colère ait un impact sur notre vie sociale : « C’est un colérique, attention ! » et nous voilà vite porteur d’une étiquette.

 

Nous pensons que nous sommes une attitude. Je suis colérique, je suis un sang chaud, je suis un impulsif, c’est comme cela que je suis et je ne peux rien changer, je suis obligé de le subir et les autres aussi… L’héritage génétique, la construction, la récurrence des attitudes, l’éducation, le regard des autres, tout cela a construit cette idée. Qui n’est pourtant qu’une idée… et si l’émotion est trop difficile à vivre, à faire vivre ou pose problème dans notre vie, nous sommes parfois contraints de l’éteindre en compensant par des attitudes de dépendances anesthésiantes : alcool, nourriture, cigarette, drogue, dépression… parce que nous pensons que nous ne sommes pas capables de changer ce qui ne nous convient pas.

 

Une attitude ne devrait pas nous définir, ou pire définir un enfant dans un groupe social. Une émotion a toujours quelque chose à dire et doit être entendue comme telle.

 

Pourquoi nous mettons-nous en colère ?

Cette émotion nous permet notre protection, ou celle des autres que nous défendons. Mais elle n’aura pas un impact positif socialement si nous n’arrivons pas à la comprendre et en canaliser ses expressions.

 

Nous pouvons sentir plusieurs sortes de menaces : des dangers physiques : agression, coup, bousculade…  ou des dangers plus psychologiques : bafoué, critiqué, maltraité, mal jugé, humilié, rejeté…

 

En quoi est-elle positive ?

 

La colère nous invite à nous aimer plus fort, à nous respecter plus, car elle nous éloigne de la menace pour nous. En l’acceptant, nous prenons conscience de ce qu’elle nous apporte comme « message »: « il faudrait que tu reviennes à l’essentiel pour toi, t’apporter une juste place et beaucoup plus de paix et une meilleure image de toi. » Ce qui jailliraincontestablement dans les relations avec les autres.

 

Face à la colère de quelqu’un de proche, nous pouvons, avec cette compréhension, mieux gérer la relation. Nous pouvons lui demander ce dont il a besoin pour se sentir moins agressé, moins en danger.

Si la colère est trop forte, nous pouvons lui demander de d’abord intervenir sur l’intensité (se calmer) et ensuite, on d’en parler plus sereinement.

 

Comment l’exprimer à bon escient et sans agressivité ?

 

En traitant l’information, le message, le langage de la colère le plus tôt possible, nous pouvons diminuer la réactivité agressive (l’impulsivité), et stopper le processus. La colère nous montre le chemin, à nous de l’emprunter le mieux possible, sans entamer un combat qui nous détruit et détruit nos relations.

 

La représentation que nous nous faisons d’une situation est remplie de nos croyances, de nos préjugés, de tout ce que nous avons construit, éduqué depuis notre venue au monde. Chaque personne aura une réaction différente dans une même situation.

C’est une bonne nouvelle, cela veut dire que nous pouvons changer nos idées, changer notre regard sur des situations (Que s’est il passé ? Qu’est ce que j’ai ressenti ?) qui ne nous conviennent pas (De quoi j’aurais eu besoin ?).

 

Une réaction positive à s’apporter est le calme et la détente lorsque la colère s’est exprimée, pour agir sur le stress et ses réactions chimiques en œuvre en nous : balade, sport, exercices de méditation, de relaxation, exercices d’extériorisation de la colère.

Une réaction positive à apporter à la relation est l’explication de ce qu’on ressent.  Une meilleure connaissance de soi (pourquoi j’ai réagi violemment, de quoi je me suis senti menacé) amène une meilleure communication à l’autre. Le dialogue peut s’ouvrir, nous sortons du bac à sable où l’on s’envoie du sable dans les yeux tour à tour, pour comprendre ce dont chacun a besoin pour se sentir à sa juste place, respecté.

Lorsque nous pouvons exister, et respecter notre espace, la colère n’a plus de raison d’être.

 

Article publié dans magazine plus de septembre 2019

 

 

furious-2514031__340

 

 

 

 

 

 

 

About Sophie Mercier

Thérapies, accompagnement de l'individu, du couple et de la famille, conférences. Coach en Mincithérapie. Animatrice EVRAS

Comments are closed.

Post Navigation