NON ! Et après ?

 

Amélie : « Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai préféré dire « oui » pour ne prendre aucun risque. J’ai préféré supporter, suivre, attendre, accepter, remplacer, rester immobile, subir … pour ne pas perdre quelque chose ou quelqu’un.

Lorsque mon père tombe malade et est rapatrié en Belgique, sans me poser aucune question, je m’en occupe tout comme mon frère et ma sœur. Il est placé dans une maison de repos. Il le vit mal. Il reprend des forces. Sa place n’est pas véritablement là. La maison de repos coûte cher. Je propose de l’héberger à la maison. Dans ma tête, je ne vois rien, je ne prévois rien dans l’avenir, j’agis sur le moment présent : je suis en mode soldat, j’agis et je ne me retourne pas pour écouter les réactions, commentaires, précautions, avertissements sérieux, intrusifs dans ma vie.

Et puis le téléphone sonne et je sens que cela va être difficile. Mon cerveau a déjà compris et envoie déjà des ondes négatives sur mon corps. Ma mère me dit que si mon père vient habiter chez moi, nous ne nous verrons plus. Dans mon esprit c’est fulgurant. C’est l’éruption. Du chantage affectif en pleine tempête. Plus de complicité, plus de rires, plus de dîner à l’improviste avec elle. C’est dommage … je ne dis pas non, je dis c’est dommage ! Nous ne nous reverrons pas mais je ne changerai rien à ma décision. Je tremble. Quelque chose s’écroule. Une perte de repère. Je refuse d’entrer dans ce chantage. Ma mère évoque sa solitude, le manque de reconnaissance à son égard.

Je me sens terriblement coupable et révoltée car elle me demande de choisir mon camp.

J’ai dit non à ma mère. Je me sens coupable de ce qu’elle a ressenti.

Je n’ai pas dit non à mon père. Petit soldat j’ai agi pour avoir sa reconnaissance. Aujourd’hui je sais que je me suis trompée. Je devais dire non. Je n’ai rien gagné. J’ai perdu mon énergie, ma bienveillance à mon égard. »

 

Nous sommes tous confrontés à devoir dire NON à une situation qui dépasse notre limite.

Dire non à quelqu’un que nous aimons, dire non à un service demandé qui ne nous convient pas, dire non à l’attente de l’autre.

Pour beaucoup d’entre nous,  cela est difficile et génère énormément de culpabilité et de peurs.

Amélie n’a pas pu réussi à faire exister cette limite en elle, même si son corps lui envoyait des signaux, ses habitudes de fonctionnement, son éducation, ne lui ont pas permis d’écouter la justesse intuitive. Elle en a souffert terriblement. C’est malgré tout une expérience constructive qui lui permet de comprendre qu’elle doit avancer et changer sa façon de faire et de réagir dans ses relations, pour se respecter elle même.

 

L’écoute de soi est essentielle à l’affirmation et le respect personnel.

 

Lorsque nous répondons toujours positivement aux demandes des autres, nous ne nous penchons pas toujours sur notre ressenti ou nos désirs. A force de répondre de cette façon, nous ferons certainement face à l’épuisement, le sentiment de non existence, de se sentir mal aimé, pas entendu… ces conduites du « tout donner à l’autre ou à la situation » ou de « faire passer les autres avant soi », peuvent mener au burn-out professionnel ou familial, la rupture ou même à la dépression dans les cas les plus aigus.

 

Quand nous avons tout donné, que reste-t-il pour nous ? Où est notre essence vitale ? Quel sera le sentiment sur nous même ?

 

 

Nous sommes partagés, pas contents de nous, indécis et insatisfaits devant la bonne position à prendre.

Pourquoi ces stratégies opposées à l’intérieur de nous ? Serait-ce un besoin de liberté, de sécurité, d’appartenance, d’intégrité ? Il est temps de discuter avec soi pour trouver la voie prioritaire à prendre.

Si nous n’osons jamais nous opposer, nous pourrions nous retrouver plus souvent aux prises avec des relations toxiques, manipulatrices, abusives et destructrices. Être totalement dévoué à l’autre sans pouvoir mettre de limite permet trop souvent l’abus et nous en sommes « co-responsable » car nous n’avons pas pu l’empêcher par un « non ».

 

Si nous sommes plus justes avec nous mêmes, nous sommes plus justes avec les autres.

La relation s’en porte mieux.  Si j’assume ma voie et je ne suis pas déçu de ce que je fais, je me respecte, je crée ma limite et ma sécurité. Ce que pense l’autre appartient à l’autre.

Cela renforce la confiance et l’affirmation de soi.

 

Et la culpabilité alors ?

 

L’attitude la plus gênante sera sans doute la culpabilité que l’on éprouve après le NON.

La culpabilité est un état d’esprit déstabilisant qui mène à une perte d’objectivité. Elle nous cristallise dans l’action (nous avons l’impression de ne pas pouvoir changer le cours des choses, nous nous sentons nuls, non existants). Cela nous empêche de nous remettre en question et crée une vision pessimiste de nous et de l’avenir. Pour sortir de ce tourbillon infernal, mieux vaut s’axer sur la notion de responsabilité : Tirer des enseignements de cette situation, observer les éléments comme une possibilité d’apprendre sur la vie, et devenir acteur de changement, en osant adopter une attitude différente. Et se donner le droit de se faire aider par quelqu’un de la profession d’aide : un coach, un thérapeute peut vous aider à mettre en place les limites et éloigner la culpabilité.

Accepter de prendre des risques ou de vivre des échecs permet aussi de se libérer de la culpabilité et c’est pourquoi le renforcement de son estime et la foi en ses propres capacités de rebondissement sont des savoir être à développer !

 

Quelques pistes pour pouvoir dire NON.

 

  • Prenez le temps de réfléchir à la réponse que vous allez donner. Ne vous précipitez pas : vous avez le temps d’analyser cela. Demandez un délai. Observez ce qui se passe en vous, pesez le pour et le contre. Laissez vous guider par votre intuition.
  • Exprimez vos raisons, vos opinions, vos sentiments : «  Je préfère… » «  J’ai moi aussi envie de … » «  J’ai la sensation d’être abusé (e) » « Je me sens mal »…
  • Vous êtes en droit de refuser, ne vous excusez pas. Si vous avez exprimé vos raisons, il n’y a aucune justification ou excuse à donner sinon vous risquez l’embarras. Cela ne fait pas de vous une mauvaise personne mais quelqu’un qui SE respecte !
  • Pour être une bonne personne pour les autres, pensez à vous en premier, de façon à être pleinement satisfait. Dans ce cas, vous êtes rempli de choses à partager, et prêt à donner votre énergie et votre temps aux autres : ne faites donc pas passer leurs besoins ou leurs objectifs avant les vôtres, et restez votre priorité.
  • Développez la communication assertive. Pour cela, je m’inspire de Don Miguel Ruiz et de ses fameux accords toltèques.
  • Une parole impeccable : c’est toujours dire ce que nous pensons de façon authentique, en parlant de nous même. C’est être en amour pour soi, sans jugement, avec vérité.
  • Ne rien prendre de façon personnelle : Nous ne sommes responsables que de nous même. Ce que disent les autres leur appartient, appartient à leur histoire, à leurs constructions. Ne pas se sentir concerné par la réaction de l’autre nous permet de ne pas nous sentir victime.
  • Ne pas faire de supposition : C’est avoir le courage de demander des explications sur la réaction de l’autre face à ce que vous proposez. C’est demander ce qu’il ressent, ce qu’il vit et ajuster le discours pour le rendre le plus respectueux possible. Ne pas comprendre à la place de l’autre permet de sortir du soin à l’autre sans qu’il l’ait demandé, et de ne pas être sauveur.
  • Faire toujours de son mieux : et s’en persuader, permet de sortir de la culpabilité, de la frustration et des regrets. S’en persuader, c’est aussi se convaincre que nous sommes une belle personne même si nous n’avons pas répondu positivement à une demande. Nous ne sommes pas égoïstes, nous ne pouvons pas répondre pour de multiples raisons qui sont justes pour nous donc pour autrui aussi.

 

 

Vous êtes en face de quelqu’un qui ne sait pas dire NON,  vous pouvez l’aider !

 

Dans nos relations, nous sommes tous confrontés à une personne qui ne sait pas dire non, nous pouvons aussi donc lui faire prendre conscience qu’elle a ce droit : demandez lui :

 

  • de bien réfléchir, de prendre le temps pour donner une réponse
  • de donner son avis et son ressenti sur cette demande et la rassurer que tout va bien pour vous si elle refuse, que vous êtes responsable de la situation et que vous trouverez une alternative.
  • Dites-lui que cela ne change rien à votre relation, elle peut être dans la culpabilité de ne pas répondre et se sentir une mauvaise personne ou la peur de vous décevoir et de perdre votre affection.

 

Oser un « non »  pour se dire « oui » à soi est une attitude qui va permettre de renforcer sa sécurité intérieure et son amour propre, se donner une autorisation, se faire exister là où l’autre n’a peut être pas conscience d’abuser. Cette personne va devoir trouver une autre solution… et alors, ce n’est pas si grave, c’est peut être même essentiel pour son apprentissage !  C’est donc essentiel de s’en rendre compte et d’ajuster son comportement pour le bien de toutes nos relations. Nous sommes plus forts, plus libres, plus fiers de nous.

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About Sophie Mercier

Thérapies, accompagnement de l'individu, du couple et de la famille, conférences. Coach en Mincithérapie. Animatrice EVRAS

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